Depuis le 1er juillet 2026, une plateforme crypto qui veut servir un résident français doit détenir un agrément MiCA. Sans lui, elle n'a pas le droit d'exercer. Binance l'a appris de la manière la plus visible qui soit.
La question est donc devenue très concrète : la plateforme sur laquelle se trouve votre argent est-elle agréée, oui ou non ?
Vous trouverez des dizaines de comparatifs pour y répondre. La plupart sont des pages d'affiliation dont le classement suit les commissions, pas les registres. Et surtout, presque tous reproduisent les mêmes erreurs de lecture, parce qu'ils confondent trois choses distinctes : détenir un agrément, le détenir pour les services que vous utilisez, et le détenir via une entité qui vous couvre vous.
Cet article prend le problème dans l'autre sens. Nous donnons la liste, mais surtout nous vous montrons le registre officiel qui fait foi, pour que vous puissiez la vérifier vous-même en deux minutes, aujourd'hui comme dans six mois. Une liste publiée sur un blog vieillit. Un registre, non.
1. Ce que « agréé MiCA » veut dire exactement
MiCA crée un statut unique pour toute l'Union européenne : le PSCA, prestataire de services sur crypto-actifs, désigné en anglais par l'acronyme CASP (Crypto-Asset Service Provider). Il remplace le statut français PSAN que l'AMF délivrait jusque-là.
Trois caractéristiques de ce statut expliquent la quasi-totalité des confusions que nous lisons ailleurs.
L'agrément est délivré par un seul pays, et vaut dans les trente. C'est le passeportage européen. Une plateforme agréée par le régulateur maltais, irlandais ou allemand peut servir des clients français sans demander quoi que ce soit à l'AMF. Elle n'est pas « agréée par l'AMF », et elle n'a pas à l'être. Les comparatifs qui cherchent une autorisation française pour chaque acteur passent à côté du mécanisme.
L'agrément couvre des services nommés, pas la plateforme en bloc. MiCA liste des services distincts : la conservation pour compte de tiers, l'échange contre monnaie ayant cours légal, l'échange contre d'autres crypto-actifs, l'exécution d'ordres, le placement, la réception et transmission d'ordres, le conseil, la gestion de portefeuille, les transferts. Une plateforme peut être agréée pour certains et pas pour d'autres. « Agréée MiCA » sans préciser lesquels ne veut pas dire grand-chose.
L'agrément porte sur une entité juridique précise. Les grands groupes opèrent des dizaines de sociétés. C'est « OKX Europe Limited » ou l'entité irlandaise de Kraken qui détient l'autorisation, pas la marque mondiale. Si vous ouvrez un compte sur une entité hors UE du même groupe, l'agrément européen ne vous couvre pas. C'est le piège le plus coûteux de la liste, et le moins souvent signalé.
2. Vérifiez vous-même : les deux registres qui font foi
Aucune liste éditoriale ne remplace la source. Voici les deux seuls endroits où l'information est officielle.
Le registre de l'ESMA est le registre européen consolidé. Il recense l'ensemble des PSCA agréés dans l'Union, avec pour chacun le pays qui a délivré l'agrément, l'entité juridique exacte, la liste des services autorisés et les pays où l'activité est passeportée. C'est la référence qui prime sur tout le reste. Cherchez-y le nom de l'entité, pas le nom commercial.
La liste blanche de l'AMF recense les acteurs autorisés à exercer en France, qu'ils soient agréés par l'AMF ou passeportés depuis un autre État membre. L'AMF publie en parallèle une liste noire des sites non autorisés, utile dans l'autre sens : si votre plateforme y figure, la question est réglée.
La bonne méthode tient en trois réflexes. Cherchez l'entité juridique indiquée dans les conditions générales de la plateforme, pas la marque. Vérifiez que le service que vous utilisez figure bien dans la liste des services autorisés. Vérifiez enfin que la France fait partie des pays de passeportage.
Un doute sur votre situation actuelle ? Si vous ne savez pas sur quelle entité juridique votre compte est ouvert, l'information figure dans les conditions générales que vous avez acceptées, en général dès le premier paragraphe. C'est le point de départ de toute vérification sérieuse.
3. Où en sont les principales plateformes
Les statuts ci-dessous sont ceux que nous avons documentés et datés. Ils évoluent : un agrément peut être obtenu, étendu ou retiré à tout moment. Traitez cette section comme un point de départ à recouper avec le registre ESMA, pas comme une vérité permanente.
Les plateformes dont l'agrément est documenté
OKX opère en Europe via OKX Europe Limited, titulaire d'une licence PSCA complète délivrée par le régulateur maltais, la MFSA, le 27 janvier 2025, parmi les toutes premières délivrées en Europe. Cet agrément est passeporté dans les trente États de l'Espace économique européen, France comprise, et couvre la quasi-totalité des services : garde, échange, conseil, gestion de portefeuille. La plateforme détient par ailleurs une licence MiFID II distincte pour ses produits dérivés, et ce point mérite qu'on s'y arrête, nous y revenons en section 5. Notre analyse détaillée figure dans notre avis complet sur OKX.
Kraken détient une licence MiCA délivrée par la Banque centrale d'Irlande, passeportée dans les trente pays de l'EEE dont la France, à laquelle s'ajoutent une licence MiFID via Chypre et une licence de monnaie électronique en Irlande. La plateforme conserve également un enregistrement VASP en France. C'est l'un des empilements réglementaires les plus complets du marché européen.
Coinbase dispose d'une licence MiCA européenne et opère sur le marché français.
Bitpanda, basée en Autriche, détient également une licence MiCA, avec un écosystème qui dépasse la crypto puisqu'il inclut des actions fractionnées et des métaux précieux.
Le cas Binance
Binance ne figure pas parmi les plateformes agréées utilisables en France. Le sujet est développé dans nos articles sur la fermeture de Binance en France et sur les raisons de ce refus.
C'est précisément le cas qui justifie cet article. Binance était enregistrée PSAN auprès de l'AMF, ce qui a longtemps été présenté comme une garantie. L'enregistrement PSAN et l'agrément MiCA sont deux régimes différents, et le premier ne s'est pas converti automatiquement en second. Des utilisateurs ont découvert la distinction au moment où leurs services ont fermé.
Les plateformes à vérifier au cas par cas
Pour Crypto.com, MEXC, KuCoin, BingX, Revolut ou Coinhouse, nous ne publions pas de statut que nous n'avons pas vérifié à la date de cet article. Le registre ESMA vous donnera la réponse en deux minutes, et elle sera à jour, ce qu'aucun tableau figé ne peut promettre.
Le réflexe utile : si vous ne trouvez pas l'entité dans le registre, ce n'est pas nécessairement qu'elle n'est pas agréée, c'est peut-être que vous cherchez le nom commercial au lieu du nom juridique. Si vous ne la trouvez sous aucun des deux, considérez que la plateforme n'est pas autorisée à vous servir.
4. Ce que l'agrément protège, et ce qu'il ne protège pas
C'est la partie que les comparatifs d'affiliation escamotent, parce qu'elle réduit l'argument de vente.
Ce que MiCA vous apporte réellement. La ségrégation des actifs des clients, qui doivent être séparés de ceux de la plateforme. Des obligations d'information sur les frais et les risques. Un dispositif de traitement des réclamations, avec recours au médiateur de l'AMF en France. Des exigences de fonds propres et de gouvernance. Une responsabilité de la plateforme en cas de perte des actifs conservés.
Ce que MiCA ne vous apporte pas. Aucune garantie des dépôts comparable aux 100 000 euros bancaires : si la plateforme fait faillite, vous êtes créancier, avec un rang qui dépend de la qualité de la ségrégation. Aucune protection contre la volatilité ni contre vos propres décisions. Aucune protection si vous sortez du cadre, par exemple en utilisant un service non couvert par l'agrément.
Un agrément MiCA vous dit que la plateforme respecte un cadre. Il ne vous dit pas qu'elle est bien gérée, ni que votre investissement est sûr. Nous développons ce point dans notre article sur ce qui distingue un exchange d'une banque.
5. Le trou dans la raquette : les dérivés sont hors MiCA
Voici le point que nous n'avons vu traité nulle part dans les comparatifs français, et qui change pourtant la lecture de toutes les listes d'agréments.
MiCA ne couvre pas les produits dérivés. Le règlement s'applique aux crypto-actifs qui ne sont pas déjà des instruments financiers. Or les contrats à terme, les options et les fameux perpétuels sont des instruments financiers : ils relèvent de MiFID II, la directive qui encadre les marchés d'instruments financiers, et non de MiCA.
La conséquence est massive. Les dérivés représentent l'essentiel du volume échangé sur le marché crypto, davantage que le marché au comptant. Donc lorsqu'une plateforme communique sur son agrément MiCA, cet agrément ne dit rien de son activité dérivés, qui est souvent son activité principale.
C'est pour cette raison qu'OKX détient deux licences distinctes : une licence MiCA pour ses services sur crypto-actifs, et une licence MiFID II séparée pour ses dérivés. Les deux ne se recouvrent pas.
Pratiquement, cela signifie deux choses pour vous. Si vous tradez des perpétuels sur une plateforme « agréée MiCA », vérifiez qu'elle détient aussi une autorisation MiFID II, sans quoi cette activité n'est couverte par rien. Et si vous utilisez une plateforme décentralisée de dérivés, elle se trouve hors du périmètre MiCA par construction, sans agrément à chercher ni protection à attendre.
6. Questions fréquentes
Ma plateforme est agréée à Malte ou en Irlande, est-ce valable en France ?
Oui, si l'agrément est passeporté vers la France et si vous êtes bien client de l'entité européenne agréée. Le passeportage est le mécanisme normal de MiCA, pas un contournement. Vérifiez les deux conditions dans le registre ESMA.
Quelle différence entre PSAN et agrément MiCA ?
Le PSAN était le régime français, délivré par l'AMF. MiCA lui a succédé avec un statut européen unique. Un enregistrement PSAN ne vaut pas agrément MiCA, et la transition n'a pas été automatique. C'est exactement ce qui a surpris une partie des utilisateurs de Binance.
Ma plateforme n'est pas agréée, que faire de mes fonds ?
Ne restez pas passif, mais ne paniquez pas non plus. Une plateforme qui se retire d'un marché prévoit en général une période de retrait. La procédure complète figure dans notre article sur la fermeture de Binance en France. Si vous souhaitez sortir vers de l'auto-conservation plutôt que vers une autre plateforme, voyez notre guide sur le transfert de cryptos vers un Ledger.
Un agrément MiCA peut-il être retiré ?
Oui. C'est une autorisation, donc elle se perd. C'est la raison pour laquelle nous insistons autant sur le registre plutôt que sur la liste : seul le registre reflète l'état réel à la date où vous le consultez.
Les plateformes décentralisées sont-elles concernées ?
En principe, les protocoles réellement décentralisés échappent à MiCA, qui vise les prestataires de services. La définition de la décentralisation fait débat et l'ESMA travaille sur des orientations. Retenez surtout qu'un protocole hors MiCA ne vous offre aucune des protections décrites en section 4. Pour comprendre la distinction, voyez notre article sur la différence entre CEX et DEX.
Conclusion : préférez la méthode à la liste
Si vous ne deviez retenir qu'une chose, que ce soit le réflexe plutôt que le tableau.
Les listes d'agréments vieillissent en quelques semaines. Les registres, eux, sont à jour en permanence. Prenez l'habitude de chercher l'entité juridique de votre plateforme dans le registre ESMA, de vérifier que le service que vous utilisez est bien couvert, et que la France figure parmi les pays de passeportage. Trois vérifications, deux minutes, et vous ne dépendez plus de la mise à jour d'un comparatif dont le classement suit peut-être autre chose que les faits.
Et gardez en tête la limite structurelle : l'agrément encadre la plateforme, il ne sécurise pas votre investissement. Les deux questions sont distinctes, et la seconde est celle sur laquelle nous travaillons avec nos membres.
Comprendre le cadre, c'est la première étape. Savoir quoi en faire, c'est la suivante. La formation RIFT-360 couvre la sélection de plateforme, la gestion du risque de contrepartie et l'auto-conservation, dans un parcours structuré qui va de l'investissement long terme à la DeFi.



