Le 29 octobre 2026, les hot wallets de Binance ont été vidés en une vingtaine de minutes. Binance chiffre l'impact à 6,3 milliards de dollars, assure que les fonds des utilisateurs sont en sécurité et promet de couvrir toutes les pertes. Les retraits restent suspendus. C'est, de loin, le plus gros piratage de l'histoire de la crypto.
Il y a un mois, nous écrivions que les 352 millions de dollars volés à Bitget faisaient de ce piratage le plus gros de l'année. Le record précédent, tous exercices confondus, appartenait à Bybit : environ 1,5 milliard de dollars en février 2025. Binance vient de le pulvériser, d'un facteur quatre.
Cet article fait le point au 30 octobre au matin. Beaucoup de chiffres circulent, et ils ne concordent pas tous. Nous distinguons ce que Binance a confirmé, ce que les analystes on-chain ont relevé, et ce qui relève encore de l'hypothèse. L'article sera mis à jour quand Binance publiera son rapport technique.
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Ce qui s'est passé
Le 29 octobre, vers 20 h 20 UTC (21 h 20 à Paris), des transferts massifs sont partis de plusieurs portefeuilles chauds de Binance vers des adresses créées quelques minutes plus tôt. La société de sécurité Blockaid a détecté le vidage moins de deux minutes après son début. Selon TRM Labs, cité par Reuters, des portefeuilles ont été touchés sur dix blockchains, et l'essentiel des fonds est sorti en une vingtaine de minutes.
Une seule transaction, à 20 h 24 UTC, a vidé le portefeuille identifié comme « Binance 14 » de 167 464 ETH, de 1,615 milliard d'USDT et d'une soixantaine d'autres tokens, pour environ 2,5 milliards de dollars selon Blockaid. Côté Bitcoin, un peu plus de 18 270 BTC sont partis vers une adresse unique, puis ont été répartis sur 19 portefeuilles. Les attaquants sont revenus une heure plus tard pour balayer à nouveau les fonds arrivés entre-temps sur les portefeuilles compromis.
Binance a d'abord parlé d'un « problème de sécurité potentiel ». Changpeng Zhao, fondateur et premier actionnaire de la plateforme, a été plus direct sur X : cela ressemble à un piratage. Le co-PDG Richard Teng a ensuite confirmé l'incident et avancé le chiffre de 6,3 milliards de dollars.
Des estimations qui ne concordent pas
Selon la source et l'heure, le montant varie du simple au double :
| Source | Estimation | Périmètre |
|---|---|---|
| Binance (Richard Teng) | 6,3 Md$ | Impact total communiqué par la plateforme |
| Decrypt (décompte on-chain, 29 oct. au soir) | 5,57 Md$ | Ethereum, Bitcoin et Tron |
| Relevés on-chain sur Ethereum seul | environ 3,3 Md$ | Hot wallets Ethereum |
Ces écarts tiennent surtout au périmètre (nombre de blockchains comptées) et au moment du relevé, les attaquants ayant procédé en plusieurs vagues. Le chiffre de référence reste celui de Binance, en attendant son rapport technique.
Comment les attaquants sont passés
C'est le point le plus important pour comprendre ce piratage, et il ressemble beaucoup à celui de Bitget.
Aucune clé privée n'a été volée, selon Binance : « À ce stade, nous n'avons trouvé aucune preuve d'une fuite de clé privée de portefeuille », a déclaré Richard Teng. Les transferts ont bien été signés par les propres clés des hot wallets de Binance. Blockaid en compte onze qui ont signé des transferts vers l'adresse des attaquants.
Autrement dit, les attaquants n'ont pas cassé le coffre : ils ont pris la main sur le système qui dit aux clés quoi signer. « Ils ont pris le contrôle du système qui indique aux clés ce qu'elles doivent signer », résume Jayant Dave, de Check Point.
Le point d'entrée probable. D'après l'enquête préliminaire de Binance, l'intrusion « a pu commencer par l'ordinateur portable compromis d'un ingénieur DevOps », qui a donné accès à un conteneur de service de l'infrastructure. Richard Teng a toutefois tenu à nuancer : ce n'était « pas une action unique en un clic », ni les seules permissions d'un ingénieur, et l'enquête « n'a attribué la responsabilité à aucune personne ».
Un détail technique qui compte. Sur Ethereum, les attaquants ont utilisé une fonctionnalité récente (EIP-7702) qui permet à un portefeuille de déléguer son fonctionnement à un contrat. Ils ont fait signer au hot wallet une autorisation pointant vers un contrat qu'eux seuls pouvaient appeler. Conséquence relevée par Blockaid : changer les clés ne suffit pas à couper l'accès, il faut révoquer explicitement la délégation. C'est ce qui explique le second balayage, une heure après le premier.
L'adresse utilisée par les attaquants avait été alimentée la veille via Tornado Cash, et testée sur de petits montants (2 à 6 dollars). L'opération était préparée.
Où est l'argent ?
C'est ici que ce piratage se distingue des précédents : une part importante des fonds a pu être gelée, parce qu'elle était en stablecoins.
- Tether a gelé plus de 1,567 milliard d'USDT, selon son PDG Paolo Ardoino.
- Circle a gelé plus de 800 millions d'USDC, « en coordination avec les forces de l'ordre », selon son PDG Jeremy Allaire.
- D'autres émetteurs ont gelé environ 170 millions de dollars supplémentaires.
Le total des gels est passé d'environ 1,8 milliard dans les premières heures à 2,54 milliards (chiffre vérifié rapporté par CNBC), puis à environ 3 milliards selon Binance au matin du 30 octobre.
Ce qui ne peut pas être gelé. Les attaquants l'ont compris vite. Dans la nuit, les portefeuilles liés au piratage ont converti des stablecoins encore libres en ETH sur des exchanges décentralisés, selon Decrypt, au point que certains protocoles DeFi ont mis des marchés en pause. Aucun émetteur ne peut geler de l'ETH ou du BTC.
Les 18 270 BTC, soit environ 1,4 milliard de dollars, dorment sur 19 portefeuilles identifiés : 17 détiennent exactement 1 000 BTC chacun, les deux autres 832,5 et 437,7 BTC. Ils n'avaient pas bougé au matin du 30 octobre, selon CoinDesk. Sur Ethereum, les deux plus gros portefeuilles des attaquants détiennent encore environ 197 460 et 137 602 ETH. Ces fonds sont visibles, traçables, mais hors de portée tant qu'ils ne passent pas par une plateforme capable de les bloquer.
La piste nord-coréenne
Binance n'a désigné aucun responsable. Mais deux cabinets d'analyse blockchain de référence vont dans le même sens. TRM Labs attribue l'attaque « avec un haut degré de confiance » à TraderTraitor, une unité nord-coréenne rattachée au groupe Lazarus. Chainalysis estime aussi que TraderTraitor est probablement derrière, en raison de liens avec des piratages antérieurs.
Le mode opératoire est cohérent avec celui de Bybit en 2025, attribué à la Corée du Nord par le FBI, et avec celui de Bitget en septembre : pas de vol de clé, mais une compromission de l'infrastructure qui pilote les signatures. Le PDG de Blockaid soupçonne d'ailleurs une manipulation de l'infrastructure de signature « comme lors du hack de Bybit », une hypothèse que Binance n'a pas confirmée. Le Journal du Coin rapporte enfin qu'une partie des fonds volés aboutit à la même adresse que des fonds issus du piratage de Bitget, un lien on-chain qui reste à confirmer par d'autres sources.
Ce type de recoupement ne vaut pas preuve judiciaire. Mais il confirme une tendance que nous décrivions dans notre bilan des hacks crypto de 2026 : les groupes les plus sophistiqués visent là où l'argent est concentré, c'est-à-dire les grandes plateformes.
Les fonds des clients sont-ils en danger ?
Selon Binance, non. La plateforme répète que « les fonds des utilisateurs sont en sécurité » et s'engage à couvrir l'intégralité des pertes, avec son fonds d'urgence SAFU et ses fonds propres. Plusieurs analystes estiment que la plateforme a les moyens d'absorber le choc sans risque de solvabilité immédiat.
Deux nuances méritent d'être connues :
- Les portefeuilles vidés couvraient des soldes clients. D'après les données de réserves de Binance analysées par CoinDesk, la couverture en ether serait inférieure d'environ 6 % tant que les fonds volés n'ont pas été remplacés. Binance promet une preuve de réserves actualisée une fois la remédiation terminée.
- La promesse de remboursement reste une promesse. Elle n'est adossée à aucune garantie légale. Elle est crédible au vu de la taille de Binance, mais c'est la plateforme seule qui en fixe les modalités et le calendrier.
Où en sont les retraits ? Binance a d'abord suspendu les retraits sur plusieurs réseaux le 29 octobre au soir, puis tous les dépôts et retraits dans la nuit. Au matin du 30 octobre, les dépôts fonctionnent à nouveau normalement, les retraits restent suspendus, le temps de révoquer les autorisations compromises et de refondre la sécurité des retraits. Aucune date ferme de reprise n'a été confirmée publiquement à l'heure où nous écrivons. C'est le prochain jalon à surveiller.
Réaction du marché : un levier acheteur purgé
Contrairement au piratage de Bitget, celui-ci a fait bouger le marché. Bitcoin a reculé de plus de 3 %, approchant brièvement les 76 000 dollars, son plus bas niveau depuis la mi-septembre. Le marché était déjà fragile après la décision de la Fed du 28 octobre.
Les liquidations ont atteint environ 1,5 milliard de dollars de positions à levier en 24 heures. Environ 84 % de ces fermetures forcées visaient des positions acheteuses, et Binance en concentre près de la moitié, selon CoinDesk. Lecture la plus probable : une bonne partie du levier acheteur a été purgée, ce qui ne dit rien de la suite.
Plus inquiétant pour le secteur, CoinDesk rapporte que des investisseurs institutionnels retirent des fonds d'autres plateformes que Binance après le piratage, sans qu'un montant ait été publié. La défiance envers la garde centralisée ne se limite pas à la plateforme touchée.
Et si vous êtes en France ?
Rappel : Binance a cessé ses services en France le 1er juillet 2026, faute d'agrément MiCA (tout le contexte dans notre article sur la fermeture de Binance en France). Si vous avez migré vos fonds à ce moment-là, vous n'êtes pas exposé directement.
Si vous avez encore des fonds sur un compte Binance, trois réflexes :
- Ne cliquez sur aucun lien reçu par e-mail, SMS, Telegram ou réseaux sociaux promettant un remboursement, une « vérification de compte » ou un formulaire d'indemnisation. Binance le rappelle elle-même. Chaque piratage médiatisé est suivi d'une vague de phishing qui usurpe la plateforme touchée. Passez uniquement par l'application ou le site officiel.
- Attendez la reprise officielle des retraits, puis rapatriez vos fonds vers une plateforme autorisée en France ou vers votre propre wallet. Notre tutoriel pour migrer ses cryptos de Binance vers une Ledger détaille la procédure.
- Téléchargez votre historique de transactions dès que possible. Il vous servira pour vos déclarations fiscales et pour justifier l'origine de vos fonds.
La vraie leçon : la taille ne protège pas
Après Bitget, on pouvait encore se dire que le problème venait d'une plateforme de second rang. Binance est la plus grande plateforme d'échange au monde, avec les moyens de sécurité qui vont avec. Elle s'est fait vider plusieurs milliards de dollars en une vingtaine de minutes, et ses clients ont perdu l'accès à leurs retraits du jour au lendemain.
Regardez à nouveau le mode opératoire : aucune clé volée, aucun chiffrement cassé. Un ordinateur compromis, un accès à l'infrastructure, et le système de signature a fait le reste. Vous n'avez aucune visibilité sur ce système, aucun moyen de l'auditer, aucune prise sur sa robustesse. C'est exactement ce que vous acceptez quand vous laissez vos cryptos sur une plateforme.
Sur un exchange, vous détenez une créance, pas des cryptos
Quand vos BTC sont sur une plateforme, vous ne détenez pas des bitcoins. Vous détenez une ligne dans sa base de données qui dit qu'elle vous doit tant de BTC. Les clés, c'est elle qui les a. C'est le sens de l'adage « not your keys, not your coins », et la raison pour laquelle les exchanges crypto ne sont pas des banques : pas de garantie des dépôts à 100 000 €, pas de filet public.
Binance a les moyens de rembourser, et le fera très probablement. Mais remarquez que même dans le meilleur scénario, vos fonds sont bloqués le temps que la plateforme fasse le ménage. Et que la suite (calendrier, modalités, couverture réelle) dépend entièrement de ses décisions.
La règle que nous appliquons chez RIFT
Faites à votre échelle ce que les plateformes font avec leurs réserves : gardez en ligne seulement ce dont vous avez besoin pour agir, et mettez le reste hors ligne.
- Sur l'exchange : le montant que vous tradez activement ou comptez utiliser à court terme. Pour un investisseur long terme, c'est une petite fraction du portefeuille.
- Sur un hardware wallet (cold wallet) : tout ce que vous détenez dans une logique de conservation. Vos clés privées ne quittent jamais l'appareil, et un piratage de plateforme ne peut pas y toucher.
- Votre seed phrase : sur papier ou sur métal, jamais en photo, jamais dans le cloud, jamais dans un gestionnaire de mots de passe.
Notre guide cold storage vs hot wallet détaille la stratégie hybride, et comment sécuriser son portefeuille crypto en 2026 couvre les menaces actuelles, du phishing au drainer.
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Et pour la partie qui reste sur une plateforme
Il faut bien une plateforme pour acheter, vendre et convertir en euros. Autant en choisir une autorisée à opérer en France, avec un historique de sécurité solide. Notre comparatif des alternatives à Binance en France fait le point sur les plateformes régulées.
Aucune garantie ne supprime le risque. Même sur la meilleure plateforme du marché, la règle ne change pas : ce qui n'a pas besoin d'être sur l'exchange n'a rien à y faire.
Notre avis
La communication de Binance a été rapide, et la coordination avec Tether, Circle et les forces de l'ordre a permis de geler environ la moitié des fonds, ce qui n'était jamais arrivé à cette échelle. Le fait que la plateforme puisse couvrir une telle perte dit aussi quelque chose de sa taille.
Mais l'essentiel est ailleurs. En un mois, deux grandes plateformes ont été vidées selon le même schéma, sans qu'aucune clé privée ne soit volée. La sécurité d'un exchange n'est pas un paramètre que vous contrôlez. La quantité de capital que vous y laissez, si. Dans les portefeuilles que nous accompagnons chez RIFT, c'est l'un des premiers déséquilibres que nous corrigeons : il est simple à régler, et il protège contre une famille entière de risques d'un seul coup.
La sécurité fait partie de la structure d'un portefeuille, pas d'une option à ajouter après. La formation RIFT-360 couvre la répartition des points de garde, le risque de contrepartie et la construction d'une allocation qui tient dans la durée, avec la méthode que nos coachs appliquent sur les portefeuilles de nos membres.
FAQ
Combien Binance a-t-il perdu dans ce piratage ? Binance chiffre l'impact à 6,3 milliards de dollars. Les décomptes on-chain varient entre environ 3,3 et 5,6 milliards selon le périmètre et l'heure du relevé. Environ 3 milliards ont été gelés, principalement en USDT et USDC.
Est-ce le plus gros piratage crypto de l'histoire ? Oui. Le record précédent était le piratage de Bybit en février 2025, avec environ 1,5 milliard de dollars volés. Même dans les estimations les plus basses, celui de Binance le dépasse largement.
Les fonds des utilisateurs de Binance sont-ils perdus ? Selon Binance, non : la plateforme affirme que les fonds des utilisateurs sont en sécurité et s'engage à couvrir toutes les pertes avec son fonds SAFU et ses fonds propres. Les retraits restent en revanche suspendus, sans date ferme de reprise confirmée.
Comment les pirates ont-ils procédé ? D'après l'enquête préliminaire, l'attaque a probablement commencé par l'ordinateur compromis d'un ingénieur DevOps, qui a donné accès à l'infrastructure. Les attaquants ont ensuite fait signer des transferts par les clés des hot wallets. Binance affirme qu'aucune clé privée n'a fuité, et qu'il ne s'agissait pas d'une action unique en un clic.
Qui est derrière le piratage de Binance ? Binance n'a désigné aucun responsable. TRM Labs et Chainalysis l'attribuent au groupe nord-coréen TraderTraitor, rattaché à Lazarus, avec un haut degré de confiance.
Je suis en France, suis-je concerné ? Normalement non : Binance a cessé ses services en France le 1er juillet 2026. Si vous avez encore des fonds sur la plateforme, attendez la reprise officielle des retraits pour les rapatrier, et méfiez-vous de tout message non sollicité promettant un remboursement.
Faut-il retirer toutes ses cryptos des exchanges ? Pas forcément toutes. Il est normal de garder sur une plateforme régulée ce que vous tradez ou comptez utiliser à court terme. Le reste, c'est-à-dire tout ce que vous conservez sur le long terme, a sa place sur un hardware wallet dont vous seul détenez les clés.



